La fête des mères n’est pas une fête pour tout le monde
Aujourd’hui, les réseaux sont remplis de bouquets, de cœurs, de dessins maladroits et de mugs “Meilleure maman du monde”.
Et c’est beau.
Vraiment.
Il y a quelque chose de profondément touchant dans ces gestes parfois simples, parfois kitsch, souvent maladroits. Une tentative humaine de dire merci.
Merci pour les nuits blanches.
Pour les tartines.
Pour les bras.
Pour l’amour, même imparfait.
Mais derrière les fleurs et les brunches du dimanche, cette journée réveille aussi, chez certaines, beaucoup de silences et de douleur.
Quand cette journée ressemble davantage à un tsunami qu’à une fête
Parce que la fête des mères n’est pas une fête pour tout le monde.
Pour certaines, c’est une absence qui se remet soudain à parler.
Une voix qui manque.
Une odeur de parfum.
Une recette jamais écrite.
Une boîte vocale qu’on n’ose pas supprimer.
Pour d’autres, c’est un vide immense.
Celui d’un enfant qui n’est jamais venu.
Ou d’un enfant parti trop tôt.
Certaines femmes traversent cette journée avec un sourire au bord des lèvres et une tempête dans la poitrine.
Les mères imparfaites existent aussi
Il y a aussi celles qui ont été élevées par des femmes fatiguées, blessées, absentes, parfois même destructrices. Et cela aussi mérite d’être nommé.
Parce qu’on parle beaucoup des “mères veilleuses”.
Beaucoup moins des mères qui ont aimé de travers.
Des mères qui n’ont pas su.
Des mères qui ont transmis leurs blessures comme d’autres transmettent des bijoux de famille.
Il existe mille façons de donner la vie
Et puis il y a toutes celles qui maternent sans être appelées “maman”.
Les belles-mères.
Les grands-mères.
Les tantes.
Les doulas.
Les éducatrices.
Les soignantes.
Les femmes qui recueillent les chagrins des autres comme on recueille un oiseau tombé du nid.
Et puis il y a celles qui ne veulent pas d’enfant.
Celles qui doivent encore supporter les regards étonnés, les silences gênés ou les questions déguisées en inquiétude.
Comme si une femme devait forcément devenir mère pour être complète.
Comme si certaines vies avaient encore besoin d’être validées par un berceau.
Alors qu’il existe mille façons de créer, de transmettre, d’aimer, de prendre soin du vivant, de donner la vie. Parfois sans accoucher.
Alors aujourd’hui, je ne célèbre pas les mères parfaites.
Je célèbre les femmes humaines.
Celles qui aiment comme elles peuvent.
Celles qui réparent.
Celles qui survivent.
Celles qui doutent.
Celles qui recommencent.
Vous avez le droit de ne pas faire semblant
Et j’ai envie de dire quelque chose à celles pour qui cette journée est difficile : vous avez le droit de ne pas faire semblant.
Le droit de ressentir de la tristesse.
De la colère.
Du manque.
Ou même rien du tout.
Vous avez le droit de ne pas téléphoner.
Le droit de pleurer dans votre voiture après avoir vu trois publicités de parfums et deux familles parfaites sur Instagram.
Le droit aussi de rire de tout ça.
Parce qu’il faut parfois beaucoup d’humour pour survivre à certaines histoires familiales.
PS : si votre mère vous a transmis autre chose que des traumas et une recette de gratin, profitez-en aujourd’hui. C’est précieux.
Et si la réponse est non… certes, on ne choisit pas toujours la mère qu’on a eue. Mais parfois, doucement, on peut choisir la manière dont on va se rematerner soi-même.
Avec plus de tendresse.
Moins de violence.
Moins de honte.
Plus de présence.
Et c’est déjà un immense acte d’amour.