1000 exemplaires plus tard : ce que l’IA ne sait pas de la ménopause
Le premier tirage de mon Livre de la ménopause – De la femme lunaire à la femme solaire arrive à épuisement. Une nouvelle qui me met franchement en joie… et qui a ouvert avec mon éditrice une autre question : à l’heure de l’intelligence artificielle, que vient-on encore chercher dans un livre sur la ménopause ?
1000.
Pour Gallimard, ce serait probablement une goutte d’eau.
Mais pour une illustre inconnue belge qui a décidé d’écrire sur la ménopause — sujet encore drôlement tabou — avec une approche qui ne rentre pas dans les cases, chez un éditeur de niche, dans notre tout petit pays… Moi, je trouve que ça mérite qu’on débouche quelque chose.
J’ai reçu, il y a quelques jours, un message de mon éditrice chez Amyris : le premier tirage de 1000 exemplaires de mon Livre de la ménopause – De la femme lunaire à la femme solaire arrive à épuisement.
Il va donc falloir penser à réimprimer.
Je précise. Un premier tirage comprend aussi quelques exemplaires de presse, de promotion, etc. Mais 1000 livres ont bel et bien quitté, ou presque, les cartons de l’éditeur.
Et, oui, je suis fière.
Parce que lorsque j’ai commencé à travailler autour de la ménopause, ce n’était pas vraiment le sujet tendance qu’il est doucement en train de devenir.
Parce que je défends depuis longtemps une vision de la ménopause qui ne se résume ni à une liste de symptômes à faire disparaître ni à une fatalité qu’il faudrait supporter en silence.
Et parce que ce livre est édité par une maison belge qui ne dispose évidemment pas de la force de frappe commerciale des grands groupes.
Alors 1000… je les savoure.
« Mais les gens ne lisent plus… »
Dans le même échange, mon éditrice me partage une inquiétude. L’intelligence artificielle.
Pourquoi acheter encore un livre quand il suffit de demander :
« Que faire contre les bouffées de chaleur ? »
« Quels compléments alimentaires prendre à la ménopause ? »
« Pourquoi est-ce que je grossis alors que je n’ai rien changé ? »
« Que faire si je n’ai plus du tout de libido ? »
… et recevoir une réponse en quelques secondes ?
Je comprends son inquiétude. Et je serais particulièrement mal placée pour entrer dans une guerre contre l’intelligence artificielle. Je l’utilise moi-même. C’est un outil extraordinaire pour chercher, confronter, structurer, questionner, explorer.
Mais un outil reste un outil. Et, chaque semaine ou presque, je reçois aussi dans mon cabinet des femmes qui ont interrogé une IA sur leurs symptômes, leur alimentation, leurs hormones ou leurs compléments.
Et chaque semaine ou presque, nous devons remettre certaines réponses dans leur contexte. Les nuancer. Les compléter. Et, parfois, les rectifier. Pas nécessairement parce que tout ce qu’elles ont lu était faux. Mais parce qu’une information peut être juste… et ne pas être juste pour cette femme-là, à ce moment-là de son histoire.
Derrière un symptôme, il y a une histoire
C’est probablement là que se situe pour moi la différence essentielle.
Une femme qui me dit qu’elle dort mal ne me parle pas seulement de sommeil. Je vais peut-être découvrir qu’elle se réveille à trois heures du matin depuis six mois. Qu’elle vient de perdre sa mère. Que son travail est devenu insupportable. Qu’elle mange très peu de protéines. Qu’elle boit deux verres de vin le soir parce que cela l’aide à « redescendre ». Qu’elle ne supporte plus que son conjoint la touche. Ou qu’elle vient simplement de se rendre compte qu’elle a passé la moitié de sa vie à prendre soin de tout le monde sauf d’elle-même.
Tout cela ne tient pas dans : « Que prendre pour mieux dormir à la ménopause ? »
Et pourtant, tout cela fait partie de la réponse.
L’information est précieuse. Mais connaître une réponse n’est pas encore comprendre une personne.
Ce livre n’est pas seulement ce que j’ai appris
Le livre de la ménopause contient évidemment des connaissances. J’y parle du corps, des hormones, d’alimentation, de micronutrition, de mouvement, de sexualité, d’émotions, de croyances, de sens…
J’ai lu, étudié, suivi des formations, cherché. Mais si ce livre n’était que le résumé de ce que j’avais appris dans d’autres livres ou formations, je ne suis pas certaine que j’aurais eu besoin de l’écrire.
Avant d’être un livre sur la ménopause, il est surtout le condensé de près de quinze années passées à accompagner des femmes, mais aussi à écouter celles et ceux qui vivent cette transition à leurs côtés.
Quinze années à écouter, à regarder, à poser des questions, à entendre ce qui était dit, et parfois à sentir ce qui ne l’était pas.
Quinze années à découvrir que deux femmes présentant exactement le même symptôme pouvaient le vivre de manière radicalement différente. À voir certaines retrouver leur énergie avec quelques changements très concrets. À en voir d’autres comprendre que ce qu’elles pensaient être un problème à « réparer » était aussi le signal qu’une partie de leur vie ne leur convenait plus. À chercher avec elles.
Quinze années à apprendre, à me tromper parfois, à changer moi aussi de regard sur la ménopause.
Ce livre contient tout cela.
L’IA peut lire des millions de pages. Elle n’était pas dans la pièce.
C’est peut-être finalement ce que je répondrais aujourd’hui à mon éditrice.
Une intelligence artificielle peut avoir accès à infiniment plus de connaissances que moi. Elle peut confronter en quelques secondes des informations que je mettrais des heures à retrouver. Elle peut sans doute déjà expliquer certains mécanismes physiologiques mieux que beaucoup d’entre nous.
Mais elle n’était pas dans la pièce. Elle n’a pas entendu cette femme me dire, les larmes aux yeux : « Je ne me reconnais plus. » Elle n’a pas vu le soulagement d’une autre lorsqu’elle a compris qu’elle n’était ni folle, ni faible, ni « devenue insupportable ». Elle n’a pas accompagné celle qui se demandait si sa libido allait revenir un jour. Celle qui voulait absolument des hormones. Celle qui, au contraire, avec toute une histoire de méfiance et de peur autour des hormones n’en voulait pas. Celle qui venait chercher une solution à ses bouffées de chaleur et qui découvrait finalement qu’elle avait surtout besoin de redessiner la deuxième partie de sa vie.
Cette expérience accumulée n’est pas une preuve scientifique. Mais elle constitue une autre forme de savoir : celle du terrain, de l’observation, de la relation et de toutes ces nuances qu’on ne comprend parfois qu’après avoir accompagné longtemps.
Alors, avons-nous encore besoin des livres ?
Je crois que oui. Peut-être même davantage. Mais sans doute pas uniquement pour y chercher une information.
Nous avons désormais accès à une quantité d’informations que nous n’aurions même pas pu imaginer il y a vingt ans. Ce dont nous avons besoin, c’est aussi de personnes qui ont pris le temps de les relier. De leur donner une cohérence. De les confronter à la réalité. De dire : « Voilà ce que je sais. Voilà ce que j’observe. Voilà ce qui reste incertain. Et voilà les questions que je vous invite maintenant à vous poser. »
Un livre permet aussi quelque chose que notre consommation instantanée d’informations permet de moins en moins : rester un moment avec une pensée. Souligner. Revenir trois pages en arrière. Fermer le livre. Réfléchir. Ne pas obtenir immédiatement une nouvelle réponse. Et peut-être se poser une meilleure question.
Et derrière ces 1000 exemplaires, il y a vous
Je ne sais pas combien de personnes ont réellement lu mon livre. Beaucoup de femmes, évidemment. Mais aussi des hommes. Des hommes qui l’ont acheté pour mieux comprendre leur compagne, leur sœur, une collègue, une patiente. Des hommes qui l’ont offert. Et, avant même que le livre existe, des hommes qui ont accepté de répondre à mes questions et de me raconter comment, eux aussi, vivaient la ménopause de la femme qui partageait leur vie.
Certaines personnes l’ont acheté puis prêté à une sœur, une amie, un compagnon, une collègue, une patiente.
Certains exemplaires sont couverts de Post-it. D’autres ont probablement dormi plusieurs mois sur une table de nuit. Quelques lecteurs et lectrices ont peut-être abandonné à la page 25 (moi, c’est une de mes préférées !).
C’est aussi la vie des livres.
Mais je sais une chose. Depuis sa publication, vous êtes nombreux et nombreuses à m’avoir écrit, parlé d’un passage qui vous avait touché·e ou à être venu·es me rencontrer après l’avoir lu.
Alors ces presque 1000 exemplaires, ce sont surtout 1000 mercis.
Merci à celles et ceux qui l’ont acheté.
Merci à celles et ceux qui l’ont offert.
Merci à celles et ceux qui l’ont prêté.
Merci à celles et ceux qui l’ont conseillé à une amie, un compagnon, une patiente, une sœur, un collègue.
Merci à celles et ceux qui en ont parlé.
Et si Le livre de la ménopause vous a accompagné·e, appris quelque chose, rassuré·e, fait réfléchir… vous pouvez encore lui offrir un joli coup de pouce en laissant quelques mots :
👉 Sur Babelio :
https://www.babelio.com/livres/Mulongo-Le-livre-de-la-Menopause-De-la-femme-lunaire-a-la/2062487
👉 Sur Google :
https://g.page/r/CdVKRDJvrHidEBM/review
Les avis comptent énormément pour faire vivre un livre.
Et si vous l’avez vraiment détesté, il reste toujours une possibilité.
Offrez-le à votre pire ennemie. Qui sait ? Sur un malentendu…
Salomé