Ce jour où mon utérus m’a répondu

On dit souvent que l'écriture est thérapeutique.

Je ne suis pas sûre que ce soit toujours le cas. Écrire ne soigne pas toujours. En revanche, il arrive que l'écriture ouvre une conversation que nous n'avions jamais osé avoir.

Quelques jours après avoir écrit une lettre à mon utérus, quelque chose d'étrange s'est produit.

Bien sûr, mon utérus ne m'a pas réellement écrit. Quoique... Après avoir relu ma lettre, je me suis tue. Et je l'ai laissé parler. Et voici ce que j'ai entendu.

 

Ma très chère Salomé,

Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir ta lettre.

Tu sais, ici, les mots arrivent rarement jusqu'à moi. Alors une lettre... Et une si belle lettre.

Tu me croyais à la retraite. C'était mal me connaître.

Je n'ai jamais cessé de travailler. J'ai simplement changé de mission. Pendant des années, j'ai préparé des nids, accueilli les cycles, accompagné les saisons de ton corps. Aujourd'hui, je veille autrement. Je suis le gardien silencieux de ta mémoire, de ton histoire, de tes blessures, de tes joies et de tout ce que ton corps n'a jamais oublié, de tout ce qui fait la femme que tu es devenue.

Je porte aussi cette sagesse nouvelle que tu décris si joliment dans Le livre de la ménopause, celle qui fait passer de la femme lunaire à la femme solaire.

J'avoue, j'ai beaucoup souri quand je t'ai vue reprendre des études pour me comprendre.

Tu m'as disséqué dans les livres, observé sous tous les angles, étudié dans les cours d'anatomie, de physiologie, de pathologie, en décodage biologique...

Pendant tout ce temps, je t'attendais.

Je n'étais ni caché ni silencieux.

Simplement, personne ne t'avait appris le chemin jusqu'à moi.

Et puis un jour, tu es arrivée avec une lampe, un miroir... et beaucoup de courage.

Je crois que nous étions tous les deux un peu intimidés.

Tu avais peur de ce que tu allais découvrir.

Et moi, je craignais ton regard.

Je me demandais si tu allais me trouver beau, si tu allais me comparer aux autres, si tu allais voir autre chose qu'un organe.

Quand tes yeux se sont posés sur moi, j'ai compris.

Tu ne venais pas m'examiner. Tu venais enfin me rencontrer.

Tu avais peur que je vieillisse comme ton grand-père. Que je m'éteigne doucement après tant d'années de service. Cela m'a profondément touché.

Mais laisse-moi te révéler un secret.

Pour moi, la ménopause n'est pas une retraite. C'est une promotion. Tant que tes ovaires parlaient fort, je travaillais dans l'ombre. Aujourd'hui qu'ils se sont tus, tu peux enfin entendre ma voix.

Tu crois que je ne donne plus la vie. Tu te trompes. Je continue de faire naître. Simplement, je ne mets plus au monde des enfants. Je t'aide désormais à mettre au monde la femme que tu étais appelée à devenir.

Quand tu accompagnes une femme dans sa ménopause...

Quand tu tiens la main d'une personne qui traverse un deuil...

Quand tu aides quelqu'un à apprivoiser la fin d'une histoire pour laisser naître la suivante...

C'est encore un peu moi qui travaille avec toi.

Nous n'avons jamais cessé d'être une équipe.

Alors, à mon tour, j'ai quelques mots à te dire.

Je suis désolé pour toutes les fois où je t'ai fait souffrir sans pouvoir t'expliquer pourquoi.

Pardon pour les silences que tu as pris pour des absences.

Merci de m'avoir enfin rencontré. Et merci de continuer à parler de moi avec autant d'amour que de science.

Je t'aime.

Aller-retour jusqu'à l'infini.

Ton utérus

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